RÉSONNER AVEC LA MINUTE D’ÉCOUTE

RÉSONNER AVEC LA MINUTE D’ÉCOUTE

Nos vies, de plus en plus citadines et technicisées, nous exposent à une multitude de bruits agressifs qui se sont invités dans nos quotidiens : notifications, alarmes, machines d’entretien, grondements mécaniques des transports. Le bruit du monde est tapageur. Dans ce brouhaha constant, les rires d’enfants et les chants d’oiseaux ressemblent à des respirations.

Lorsque nous arrivons en forêt, nous avons l’impression que tout y est calme, presque silencieux. Pourtant, certains redoutent ce calme et s’y sentent oppressés. Peut-être parce que nous nous sommes peu à peu éloignés de la nature, du vivant. Mais le silence n’existe pas vraiment : il y a toujours quelque chose qui bruisse, vibre, appelle. Ce que nous perdons, parfois, ce n’est pas le son, mais notre capacité à écouter. Nous glissons nos casques sur nos oreilles, nous faisons courir nos journées au rythme des alertes, nous emportons des enceintes jusque dans nos foulées.

Pendant le festival, nous vous proposons de nous reconnecter, ensemble. D’être à l’écoute du vivant. De faire une pause dans ce tumulte et d’accorder, tous ensemble, une minute à la musique du monde vivant.

Dans le cadre des Nuits des Forêts, il est proposé à chaque porteur de projet d’inviter les participantes et participants à vivre cette minute d’écoute. Nous vous laissons libres de vous en emparer à votre manière, mais voici quelques pistes pour l’habiter.

À l’issue de cette minute, les participantes et participants seront invités à partager un souvenir sonore, une sensation, une émotion ou quelques mots sur leur expérience. Ces fragments sensibles peuvent être recueillis librement : dans un carnet, sur des cartes, à travers de courts témoignages écrits ou oraux, ou lors d’un temps d’échange collectif.

À la fin du festival, les porteurs et porteuses de projet seront invités à transmettre ces retours via un formulaire ou par mail aux équipes des Nuits des Forêts.

L’objectif n’est pas d’évaluer les expériences, mais de faire émerger une mémoire collective de l’écoute : comprendre ce qui a été perçu, les sons qui reviennent d’un territoire à l’autre, les émotions suscitées ou les transformations dans la manière d’habiter un lieu.

Ces témoignages permettront aussi de documenter la place de l’écoute dans notre relation au vivant, de nourrir les réflexions futures du festival et de constituer, au fil des éditions, une archive sensible des paysages sonores traversés pendant les Nuits des Forêts.

L’expérience peut aussi se vivre à différents moments : au lever du jour, la nuit, après une marche lente ou au détour d’un chemin. L’essentiel est moins de “bien écouter” que de retrouver une attention que nos vies bruyantes émoussent parfois.

Quelques indications pour pratiquer la minute d’écoute

  • Invitez le groupe à s’arrêter pleinement, dans une posture simple et confortable, debout ou assis.
  • Proposez de déposer les téléphones, de retirer les écouteurs, d’éteindre les appareils susceptibles d’interrompre ce moment.
  • Avant de commencer, prenez une respiration commune, comme un passage entre le tumulte et l’écoute.
  • Invitez chacun et chacune à fermer les yeux si cela leur convient, ou simplement à adoucir le regard.
  • Suggérez d’écouter par strates : les sons les plus proches, puis les plus lointains ; les bruissements continus, puis les sons furtifs.
  • Encouragez à accueillir les sons sans chercher immédiatement à les identifier ou à les nommer.
  • Un rire, un craquement, un souffle de vent, un chant d’oiseau, une présence humaine : tout participe de cette partition du vivant.
  • À l’issue de la minute, vous pouvez proposer un temps de partage, ou au contraire laisser ce moment se déposer en silence.

Quelques variantes possibles

  • Proposer cette minute au lever du jour, lorsque le paysage sonore s’éveille.
  • La vivre de nuit, pour percevoir d’autres présences, d’autres rythmes.
  • Inviter les participants à marcher lentement avant de s’immobiliser.
  • Demander à chacun de repartir avec un son en mémoire, comme un fragment du vivant emporté avec soi.

Cette minute n’est pas une parenthèse silencieuse. C’est une invitation à retrouver une attention que nos vies bruyantes émoussent parfois, et à réapprendre à écouter ce qui, d’ordinaire, demeure à la lisière de notre perception.

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