La Trigalière : une forêt où se transmettent les savoir-faire
Parmi les forêts qui accueillent le festival, le domaine de la Trigalière, en Centre-Val de Loire, est un bel exemple d’une gestion forestière qui concilie production, biodiversité et qualité paysagère.
Ancien territoire de marais, le domaine a été progressivement transformé à partir du XVe siècle avec l’assèchement des sols et la plantation de pins maritimes sur les terrains sablonneux. Jusqu’au début du XXe siècle, la forêt vivait notamment au rythme du gemmage, la récolte de la résine des pins. Le domaine actuel a ensuite été façonné par les grands-parents de l’actuelle propriétaire, Aleksandra Cheuvreux.
Après un important incendie dans les années 1960, une partie de la forêt a été replantée en pins maritimes. Depuis les années 2000, les propriétaires développent une gestion qui associe production de bois, préservation de la biodiversité et valorisation des paysages. La diversité des essences, des étangs et des milieux fait aujourd’hui de la Trigalière une forêt particulièrement riche et agréable à parcourir.
Cette approche se traduit par des choix sylvicoles précis : création de petits îlots d’essences variées au sein des peuplements, introduction d’arbres offrant des couleurs automnales ou conservant leur feuillage en hiver, afin de composer un véritable « paysage dans le paysage ». La régénération naturelle est également protégée grâce à des enclos de plusieurs hectares qui préservent les jeunes arbres de la pression exercée par les quelque 300 cerfs et biches présents sur le domaine, tout en favorisant une grande diversité d’essences.
Engagé dans cette démarche, le domaine est certifié PEFC depuis 2009. Cette certification atteste d’une gestion durable des forêts, conciliant production de bois, préservation de la biodiversité, protection des sols et de l’eau, et transmission de cette ressource aux générations futures.
Avec DAIKU : transmettre le savoir-faire ancestral des charpentiers japonais
Cette vision de la forêt comme un espace vivant, productif et culturel trouve un prolongement naturel dans les projets accueillis chaque année lors des Nuits des Forêts. En 2026, le domaine a ainsi ouvert ses portes à Daiku, une association culturelle créée en 2024 pour transmettre le savoir-faire ancestral des charpentiers japonais.
Du 15 au 20 juin, quatorze apprenants des Compagnons du Devoir de la région Centre-Val de Loire ont vécu une semaine d’immersion au cœur des 1 200 hectares de la Trigalière. Guidés par les maîtres charpentiers japonais Ryo Fujimoto et Takumi Umemoto, ils se sont initiés aux techniques traditionnelles de charpente japonaise : traçage (sumitsuke), utilisation des outils manuels, taille du bois, affûtage et réalisation d’assemblages sans clou ni vis. Apparues au Japon il y a plus de 1 300 ans, les charpentes en bois assemblées sans clou ni vis trouvent aujourd’hui, plus que jamais, toute leur pertinence dans un monde confronté au dérèglement climatique et à la raréfaction des ressources. Plus qu’un simple apprentissage technique, cette résidence invitait à découvrir une autre manière de concevoir la construction : une approche où l’exigence esthétique se conjugue à une profonde attention portée au vivant et aux équilibres écologiques.
Cette semaine de transmission s’est achevée le 20 juin, dans le cadre des Nuits des Forêts, avec le montage en public d’une structure flottante en assemblages traditionnels, inaugurée puis mise à l’eau sur l’étang.
Autour de cette restitution, le public était invité à partager une soirée au bord de l’eau. Une guinguette organisée par le Domaine de la Trigalière, une création sonore faisant dialoguer les sons de la forêt et ceux du travail du bois, puis un concert sur l’eau des violonistes japonaises Aya Hasegawa-Sabouret et Yumi Mizukami (Orchestre Colonne) sont venus prolonger cette rencontre entre forêt, artisanat et création artistique.
La soirée a également donné à entendre une création sonore inédite, composée par Benjamin Moreau et Guillaume Zenses. En mêlant les sons de la forêt, du travail du bois et du paysage de l’étang, cette pièce prolonge l’expérience sensible vécue sur place.
Crédits : toutes les photos ont été réalisées par Marie Prunier.